Fédération et tradition martiale

Comprendre le Taekwon-Do Ch’ang Hôn

Dans le Taekwon-Do, il est important de distinguer la fédération du style ou de la tradition martiale, deux notions liées, mais fondamentalement différentes.

La fédération est une structure organisationnelle. Elle encadre notamment la reconnaissance des grades, la formation des instructeurs, l’arbitrage, les compétitions et la gouvernance. L’ITF Union est l’une de ces organisations. Elle contribue à préserver, à promouvoir et à transmettre l’enseignement du général Choi Hong-hi.

La tradition martiale, quant à elle, renvoie au patrimoine technique, philosophique et pédagogique d’un art martial, indépendamment de l’organisation qui en assure la transmission.

Pourquoi parler de Ch’ang Hôn?

De son vivant, le général Choi Hong-hi appelait son art martial tout simplement Taekwon-Do. Il a fondé l’International Taekwon-Do Federation (ITF) en 1966 pour en favoriser la diffusion et l’uniformité à l’échelle internationale.

Toutefois, au fil des décennies, le Taekwon-Do s’est diversifié en plusieurs traditions techniques et de nombreuses fédérations, dont plusieurs revendiquent aujourd’hui l’héritage de l’ITF originale.

Dans ce contexte, l’appellation Ch’ang Hôn permet de désigner plus précisément la tradition martiale développée et codifiée sous la direction du général Choi, sans la confondre avec une organisation particulière.

Ch’ang Hôn, généralement traduit par « pavillon bleu », était le nom de plume du général Choi.

Dès 1965, dans son ouvrage Taekwon-Do: The Art of Self-Defence, il emploie l’expression « The Ch’ang-Hôn School (Ch’ang-Hôn Yu) » pour désigner son école de formes, dont il décrit les caractéristiques techniques distinctives.

En coréen, le caractère qui signifie notamment « école » ou « courant », peut se lire (yu) ou (ryu), selon le contexte linguistique. L’expression Ch’ang Hôn-ryu est également attestée dans la littérature coréenne consacrée au Taekwon-Do.

Historiquement, cette appellation était donc associée d’abord aux formes. Par extension, elle est aujourd’hui employée pour désigner plus largement la tradition technique du général Choi.

Cette évolution terminologique n’a rien d’exceptionnel dans les arts martiaux. Le karaté Shotokan, par exemple, doit son nom au pseudonyme de Gichin Funakoshi, bien que celui-ci ait simplement enseigné le karaté. Aujourd’hui, le Shotokan désigne une tradition martiale pratiquée au sein de nombreuses fédérations.

Un héritage qui dépasse les 24 formes

La tradition Ch’ang Hôn est particulièrement reconnue pour ses 24 formes (tul), qui en constituent un élément central.

Ces 24 formes symbolisent les 24 heures d’une journée, métaphore de la brièveté de la vie humaine devant l’éternité. Leurs noms et leurs mouvements évoquent notamment des personnages, des événements et des concepts importants de l’histoire, de la culture et de la pensée coréennes.

Mais cette tradition ne se limite pas aux formes.

Elle comprend également l’ensemble du système martial présenté dans l’Encyclopédie du Taekwon-Do en 15 volumes : les mouvements fondamentaux, les positions, les techniques de frappe et de blocage, le combat sportif, l’autodéfense, le cassage, les principes biomécaniques ainsi que la philosophie et les objectifs éducatifs du Taekwon-Do.

Parler aujourd’hui de tradition Ch’ang Hôn permet ainsi d’identifier cet héritage martial dans son ensemble, tout en reconnaissant que les différentes organisations peuvent présenter certaines variations techniques ou pédagogiques.

Une tradition qui transcende les fédérations

Un club peut donc être affilié à une fédération tout en appartenant à une tradition martiale plus ancienne et plus vaste que cette organisation.

Les fédérations peuvent se créer, se diviser et évoluer. La tradition martiale, elle, peut continuer à se transmettre au-delà de ces changements.

Référence

Choi, Hong-hi (1965). Taekwon-Do: The Art of Self-Defence, partie 5, « Patterns in Taekwon-Do », p. 173-174.